Il est minuit quinze
Le plafond de notre maison
“Nocturne in C-Sharp minor, Op. Posthumous - Chopin”
Beyrouth, le 11 septembre 2020 à minuit quinze
Il est minuit quinze.
Je ne dors pas.
Je ne lis pas (encore).
Je ne regarde pas la télé.
Je n'écoute pas la musique.
Je ne chante pas.
Je ne parle pas au téléphone.
Je ne fais absolument rien.
Je fixe les anciennes pierres sublimes de la voûte. Je ne les compte pas.
Non.
J'essaie par tous les moyens d'entrevoir les étoiles à travers elles.
Si je réussissais, peut-être parviendrais-je à voir à travers ce brouillard opaque et épais, fait de poussière, de nitrate, de cendre, de larmes, de débris de verre, de sang, de cris étouffés, de pierres, de boue, de merde, de douleur et d'inconnu qui bloque l'horizon et son soleil levant.
Le seul geste que je sois capable de répéter sans interrompre mon immobilité est celui de porter mon verre de vin à mes lèvres pour taire un énième soupir d'épuisement.
Non.
Je ne fais rien.
Je suis éveillée et en sursis.