La meilleure philosophie, relativement au monde, est d'allier, à son égard, le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris.

 

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Chaanine-moi 🌿 شعننها

Chaanine-moi 🌿 شعننها

Moi et ma téta Vivi aux Rameaux fin des années 80…pas ma tasse de thé.

Moi et ma tmta Vivi aux Rameaux fin des années 80…pas ma tasse de th

La fête des rameaux. Quel mystère…

Quelle est -elle cette réaction chimique qui se produit dans les têtes des belles gens, surtout celles des mamans, à l'approche d’une date dont la symbolique spirituelle fut la simplicité?

L'existence de Dieu est une énigme, y croire ou pas est chose personnelle. Ma foi en Dieu, lequel, pour certains, est en lui-même allégorie, est mon refuge contre les incertitudes de la vie. Cependant, il m’arrive de me trouver en proie au doute et aux questions existentielles malgré tout, comme par exemple le jour de la fête des Rameaux. C’est probablement ce Dimanche-là de l’année que je me fais le plus de souci pour la santé mentale publique.

 Tout commence, un mois avant le rendez-vous, par la chasse aux bougies. Je n'ai aucun souvenir de ma mère s'en allant trouver la bougie la plus alambiquée et la plus chère afin de sauver la face de ses mômes en compétition avec des bougies Batman, Spiderman, Snoopy, FC Barcelone, Minecraft, ou bien pailletées, diamantées ou encore sculptées avec minutie.

Je revois l’image, à l’époque où mes incisives poussaient l’une au-dessus de l’autre et que mon sourire ressemblait à des créneaux de forteresse: on apportait une bougie blanche dans son plus simple apparat chez le fleuriste et on choisissait un joli bouquet champêtre parsemé de branches d’olivier qui orneraient la cire! J’aime faire pareil pour mes garçons même si je risque de les décevoir: ils sont d’une génération que l’authentique intéresse fort peu. Ça sert à quoi d’investir dans le cierge puisqu’à 4 ans on ne leur permet ni de les allumer ni de se pavaner avec de peur de leur brûler le crâne. Les mamans, ces créatures absurdes, se livrent à un concours impitoyable de la bougie et le jour J: Non mamy hayété, c'est maman qui tient la bougie, yalla mchi!

A l'église, le bal masqué bat son plein. J'aurais adoré vous dire que je vous conte les chroniques d'une chapelle aux confins d'un village libanais au folklore bien du terroir mais non ! J’ai le regret de vous annoncer que l’histoire se passe dans le carré d'or d'Achrafié, là où tout est classe et tout le monde est aristocrate arrivé ou arriviste. J'ai mal pour ces petites têtes édentées qu'on enrobe dans du tulle, des rubans et des paillettes et qui, dans 20 ans, vont s'étouffer en revoyant des photos jaunies d’elles à 3 ans avec du rouge à lèvres, du vernis à ongles, des talonnettes et des tutus, le tout rose bonbon ou jaune poussin. Les petites filles ont eu droit à un brushing si bien laqué qu'il est inflammable. Les garçons en costume blanc trois pièces transpirent de leurs 17 kilos et courent dans tous les sens comme de petits dinosaures, entre les bancs, les soutanes des prêtres et les bas satinés couleur chair de ces dames. Il faudra qu’on en reparle, des bas couleur chair.

Les dames...Crinoline, capeline, zibeline. C'est le code de cette secte bizarre des endimanchés du rameau.

Déjà que pour une raison ou une autre, malgré maintes efforts, elle n’a pas réussi à perdre ses quelques kilos en plus – moi non plus-, alors pourquoi sortir en robe satin synthétique ultra moulante à ras les bourrelets d'un vert pistache désobligeant ? Dieu ne discute ni les goûts ni les couleurs mais je suis presque certaine qu'il a cette teinte en horreur.  En toute bonne foi, je me dis que peut-être le vert pistache va à merveille avec ses cheveux zébrés noirs et jaunes (?). Assise sur un banc derrière elle, mes yeux se baladent et viennent se poser sur un lustre géant ,magnifique, comme ceux qui sont l’apanage des églises. Il déborde de pièces de cristal intriquées. La brise qui s’est immiscée par l’entrebâillement des fenêtres le fait valser insensiblement et les multiples formes de quartz s’entrechoquent en une dissonance mélodieuse. Soudainement, le lustre se lève… Ma foi, il est plus grand que celui qui pend de la nef et il est posé sur la tête de la dame en vert ! C’est une coiffe étincelante qu’elle arbore fièrement à 11h le matin. Elle aura bien fait de chausser ses plateformes en cuir, vernis, vertes, comme la robe. Cela lui permettra d’épier les autres dames qui se hasarderaient à lui faire de l’ombre…verte.

Saviez-vous que lorsque Jésus a marché sur Jérusalem toutes les femmes ont fait appel à des maquilleuses pour le recevoir ? C'est dans la Bible. Il a même exigé des faux-cils, une ombre à paupières pistache et la cravate du mari qui va avec, que Madame lui aura jouissivement achetée. Il n'a pas droit au chapitre, évidemment. Il va marcher durant toute une procession avec à son col du satin en polyester fest2é (pistache) et il ravalera son indignation comme on déglutit une pistache qui reste coincée dans le gosier!

La soubrette, elle, est en tenue de travail. Un bel uniforme rayé rose et blanc qui se marie si joliment avec le tutu de la petite. J'ai très mal. Elle court comme une aliénée derrière les dinosaures. Elle reçoit ses ordres par les rétines et les mouvements codés des sourcils de Madame. Une fronce quand elle n'accélère pas assez, des globes oculaires qui vont tomber de leurs orbites quand il faut menacer. 

La messe touche à sa fin et tout ce beau monde se rue dans le jardin pour la pose photo : une photo maman avec papa et les enfants, une autre maman-enfants, une autre papa-enfants, encore une maman-papa (avec papa qui fulmine et prépare sa revanche), une de maman et belle-mère qui prie tous les dieux pour qu'ils viennent en aide à son fils, une de papa avec l’autre belle-maman qui se demande ce que sa fille fait avec ce con, une dernière des enfants avec la soubrette pour un humanisme d'occasion et le lendemain, la déclinaison à l’infini de cette même scène déroulera sur FB pendant que je vomirai dans mon café.

Un reste de branche d’olivier béni dans la poche, je fais une dernière prière dans le silence assourdissant qui succède au tintamarre. Des échos de Chaanineh Mbarkeh Chérie trainent un moment à l’arrière. 

Bon, trêve de bile, je suis attendue à déjeuner. Je pense déjà à l’année prochaine et espère un lilas cyclamen pour changer de palette. Le folklore de mon Liban coule dans mes veines et au fond, tout absurde qu’il soit, j’en parle. C’est que je l'aime.

Dieu me pardonnera si je suis de celles que le ridicule tue.

Drawing by me!

Drawing by me!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Joyeuses Pâques ya chérie!

Joyeuses Pâques ya chérie!

Un démon à deux roues

Un démon à deux roues