La meilleure philosophie, relativement au monde, est d'allier, à son égard, le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris.

 

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S.O.S d'une bourgeoise en détresse

S.O.S d'une bourgeoise en détresse

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Aujourd’hui, le 23 janvier 2020, je suis déprimée.

Je me sens drainée, confuse et incapable de réfléchir avec la cervelle, autrement puissante, dont je suis dotée.

J’ai un mal de crâne chronique causé par les voix dans ma tête qui se bousculent pour se faire entendre.

Quel chahut ! Elles sont bavardes et incohérentes. Même enfermée dans ma salle de bain, même avec ma musique préférée qui envoie dans mon baffle réglé au maximum, je les entends.

Il n’y a pas de volume modulable pour les voix dans la tête, elles sont capables de mettre en sourdine tous les bruits et les pires cacophonies, celle de Céline Dion inclue.

J’ai besoin de silence. Comment faire taire le cerveau ?

Et puis, les images, elles dansent au son de ces voix une affreuse farandole dans mon caisson assailli. Des images de gens qui pleurent de désespoir, qui beuglent de rage dans des mégaphones, qui marchent au péril de leurs vies une marche de paix contre des seigneurs de guerre, des héros d’un courage exemplaire qui perdent un œil ou un doigt en résultat aux balles en caoutchouc folles, qui se font kidnapper par les forces de l’ordre dans une violation flagrante des droits de l’homme et des lois en vigueur, qui se font tabasser, menacer, intimider, des photos de familles sur un trottoir (leur nouveau domicile de fortune, expulsés de leur maison dans la nuit, comme des voleurs, dans une humiliation écoeurante), des scènes dignes d’un mauvais western, jaunies au gaz lacrymogène, perforées de rayons laser verts tels des stroboscopes mortifères, des images de quartiers luxueux saccagés avec des vitrines cassées, des murs enfoncés, des façades d’immeubles défigurées.

Une révolution, ma révolution, notre révolution, nous, le peuple légitime d’une non-nation.

Comment me préserver ? Comment rester saine d’esprit ?

Tout simplement en étant humaine. Comme tous les hommes, comme toutes les femmes, je suis dans mon humanité, profondément égoïste. D’aucuns s’illusionnent des altruismes à cent pour cent désintéressés. Comme pour les licornes, je n’en ai jamais rencontré.

Oui, malgré la misère qui rampe dans les rues de mon pays comme dans un film d’horreur ou un manga sadique, dont le protagoniste est un monstre avec d’effroyables tentacules qui ressemblent à d’épaisses traînées de pétrole, lesquelles lentement mais inéluctablement, engloutissent tout sur leur passage, s’infiltrent dans les ruelles, les maisons, s’enroulent sur les jambes, grimpent jusqu’à la bouche, ravagent la trachée et arrachent le cœur, malgré cela, je pense à moi !

Parce que je suis fatiguée de penser aux autres et de me soucier du Liban. Je suis épuisée de n’avoir fait que cela depuis que fus en âge de comprendre. Parce qu’à force d’aider, dans une schizophrénie ingérable, sur tel ou tel front, sans jamais sentir que j’eus fait assez, je suis devenue folle. Neurasthénique et mélancolique.

Mais ma rage de vivre est tout ce qu’il va me rester si le bateau coule et ma rage de vivre, j’y tiens !

Alors je vais prendre une pause. Je veux la paix. Je veux n’en avoir rien à cirer. Lâcher prise. Rien qu’un moment, je désire me droguer à l’indifférence.

Chut…

Le silence…oui, et le déni aussi.

Non, pas le déni, l’insouciance.

La liberté réside dans l’insouciance.

Demain, 24 janvier 2020, je serai égoïste et capricieuse, n’en déplaise aux âmes bienveillantes, compas moraux auto-proclamés de ce monde.

Je devrais prendre du recul, me concentrer sur des choses normalement importantes, à présent futiles -selon les critères des ultra-révolutionnaires car tout mouvement de bonne foi engendre des extrémismes malsains- tels que mes enfants, mon travail et mon bien-être.

Je devrais mettre de l’ordre dans ma tête parce qu’autour de moi il n’y a plus que désordre et chaos.

Désordre est le mot d’ordre.

L’anarchie est l’unique tactique employée dans les deux camps.

C’est à se demander si tout n’est pas en vain.

Je suis déprimée, je ne vais plus regarder la télé ou lire les journaux.

Que me vaudra-t-il de baisser les bras momentanément?

Être taxée d’anti-thawra  (anti-révolution)?

Ne combattons-nous pas l’endoctrinement? Pourquoi donc exiger de moi que je me jette dans le vide, les yeux fermés, sans poser de questions et sans réfléchir, comme le font tous ceux qui suivent aveuglément un zaaim (seigneur de guerre converti en politicien)?

Et si la méthode révolutionnaire du moment était mauvaise? Et si elle échouait? Quelle serait-elle notre issue de secours?

Héjro!” (émigrez!) ou vivez en enfer que nous propose le roi de son palais barricadé?

Fumer, boire, avaler des pilules et fermer ma gueule de petite bourgeoise privilégiée?

Pour une bouffée d’insouciance, je prends les trois derniers, merci.

Mais si je parvenais à taire les voix intérieures et à éclipser les images au moyen de subterfuges de mon imaginaire ou avec des livres lus et des alcools bus, neutraliserais-je ma conscience ? 

Naît-on tous avec une conscience ?

Les criminels de guerre, les politiciens véreux, les tyrans, les corrompus, les pédophiles, les tueurs en série, n’ont-ils pas, le jour où ils viennent au monde (un monde qu’ils saliront plus tard) le chromosome de la cheftaine de toutes les voix intérieures, cette sale emmerdeuse de conscience qui nous pourrit la vie à coups de culpabilisation? La perdent- ils ensuite en cours de route ?

Je me suis toujours posé la question. Admettons que nous soyons tous dotés d’une conscience, pourquoi certains en usent-ils plus que d’autres et pourquoi certains passent-ils carrément à côté? Un débat pour un autre jour.

Revenons à ma conscience et moi.

Il semblerait qu’elle ne soit pas programmée pour se taire, cette renifleuse des doutes.

Probablement mon éducation judéo-chrétienne qui veut que je me la rachète en la lavant afin de gagner mon ciel.

Ou alors, mon besoin viscéral de sauver les âmes en peine.

Il y a de l’égoïsme même dans le don si l’on compte la joie et la satisfaction que l’on tire lorsqu’on donne, comme si un juge invisible nous accordait des bons points pour comportement exemplaire.

Ou, est-ce simplement ma bonté qui me plonge dans ce malaise insondable? Il est tout de même difficile d’avoir mal pour tous ceux qui ont mal.

De mon éducation judéo-chrétienne je ne retiens que l’essentiel : l’espérance et l’amour.

Elisabeth de la Trinité avait bien raison :

« Tout passe…Au soir de la vie, l’Amour seul demeure. Il faut tout faire par amour, il faut s’oublier sans cesse ».

Toujours est-il que je n’ai aucunement honte d’admettre que le 23 janvier 2020 à 17h36, j’en ai ras le bol de me faire des soucis pour mon pays, pour son peuple et pour mon avenir, que pour l’instant, au taux de 2,600 livres libanaises le dollar, j’arrive encore à monnayer mon coup de gueule.

En attendant la faillite personnelle laquelle, à ce rythme galopant d’inflation, ne saurait tarder, je les emmerde tous. Les pour, les contre et les indéfinis.

Où en serai-je mentalement demain, je n’en ai la moindre idée

Tout ce que je sais c’est que s’écouter ne veut pas dire arrêter d’écouter les autres.

 

J'ai décoré ma vie avec des chansons

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Requiem pour une folle

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