La meilleure philosophie, relativement au monde, est d'allier, à son égard, le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris.

 

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Requiem pour une folle

Requiem pour une folle

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🎵Piano Sonata No.14 in C-Sharp Minor, Op. 27/2: I. Adagio Sostenuto (commonly known as Moonlight Sonata) - Beethoven
🎵Je t’aime tant - Charles Aznavour
— La musique à mes mots

Beyrouth, le 15 Novembre 2013 - Publié dans l'Orient le Jour puis nouvelle version publiée dans l'ouvrage collectif “Liban: messages pour un pays" aux éditions NoirBlancEtc en Novembre 2019

Il était une fois, il y a tant d’années, je posai mon premier regard sur toi.

Éblouissante, ensorcelante, satanée, tu me pris vaincue dans tes filets.

Et dire qu’ils racontent que le mariage ne dure pas.

Et dire qu’ils pensent que tu incites au divorce.

Le mariage avec toi c’est pour la vie.

Inextricable, tu le tisses.

Intoxicante veuve noire. Toxique.

Tu me fais si peur, pourtant tu es irrésistible.

Cela fait 25 ans, au moins, que chaque matin je te scrute, je te dévisage et j’ai une envie folle de te quitter, folle va. De t’abandonner. De te froisser et de te balancer d’un geste dédaigneux à la poubelle comme tant d’histoires mal écrites, réécrites et encore insatisfaisantes.

Mais chaque matin tu me prends dans tes bras et je finis par rester.

Plus amoureuse que la veille et que demain, moins dégoûtée.

Belle.

Incroyablement belle. Ma belle amie. Douce concubine. Farouche amante. Belle du Seigneur. On raconte que même lui, le Seigneur, en explorant ton corps sacré, tantôt fertile, tantôt aride, ce corps à la tête glacée comme les neiges éternelles et aux entailles chaudes comme le doux soleil du printemps, tomba sous le charme et te bénit sans jamais vraiment te maudire.

Caméléon jusqu’au bout des ongles, tu te maquilles, tu te pares, tu te travestis, tu te fonds toujours au décor. Quelques soient les circonstances et peu importe les blessures profondes que la vie ne cesse de t’infliger ou les rides que les hommes qui te ravagent creusent sur tes flancs, tu exhibes avec gloire et résilience* tes cicatrices, telle une adolescente acnéique sur ta peau cent fois re-liftée. Tu es belle oui, je te le dis.

Sublime de défiguration et de laideur. Balafre de mon cœur.

Vaniteuse. Arrogante. Tu le clames haut et fort à qui veut l’entendre, surtout aux touristes cons que tu rencontres et aux dupes qui s’éprennent de ta malédiction, que tu es éternelle, immortelle, invincible. Sept vies. Outrecuidante petite peste. Tu vas mourir si tu continues comme ça. C’est Dieu qui nous fait, c’est lui qui nous brise mais toi tu veux lui forcer la main.

Meurs et finissons-en.

Non… Attend. Ne meurs pas je t’en conjure. Je n’aimerais pas te survivre. C’est moi qui en mourrais.

Politicienne déchue passée maître dans l’art de la déception et du mensonge.

Profonde de sens, puits intarissable d’histoire, de culture et d’art. Tu fais pâlir de jalousie et d’ignorance tes voisines. Reine de la cuisine et des banquets à mille tables et des valses à mille temps. Inimitable oiseau de nuit, tu t’illumines d’artifices pour aller danser. Ton insoutenable légèreté m’agace, mais tu m’emportes, tu me grises.

Arrête de louer ta propre diversité, tu frises la névrose. Tu es une mythomane patentée.

Violente. Mais qu’est-ce que tu peux être violente ! Tu es si petite pourtant. Gloutonne. Tu te nourris, « Pantagruelle », de conflits, de discordes et de batailles. Tu sais si bien diviser pour mieux régner. Rien n’est plus grand que toi. Au fond, tu t’en contrefous. Dix de perdus, dix de retrouvés. Les uns te quittent, les autres te vénèrent. Pourrie. Gâtée. Je te déteste.

Parce que je préfère m’enfoncer avec toi que de devoir t’abandonner. Tu me shoot au danger, tu coules dans mes veines et je suis prête à affronter dans ma folie tous tes hasards, tous tes périls, comme un défi. Parce que tu es une survivante et moi aussi. Parce que tu es devenue ma raison d’être.

C’est de tes paradoxes que je suis tombée éperdument amoureuse.

Baptisée perle, tu te vois inlassablement misée, pariée, échangée, tel un butin, tu te laisses faire et tu oublies que tu es un trésor.

Impuissante, à présent tu te fais sauvagement violer, vandaliser, déchiqueter, piller, malmener, tu ne sais plus à quel Dieu te vouer, laquelle de tes religions prier. Il me semble que tu es fatiguée, que tu n’as plus la force de te battre. Que va-t-il me rester de t’avoir aimée? Secoue-toi ! Bouge-toi !

Tu as le vertige, tu dérives, tu es complètement ivre. Tu résistes en apnée agonisante. Je suis figée et je te vois livide, boursoufflée, essoufflée. Un beau cadavre qui a la rage de vivre. Mais je ne fais rien. Parce que je suis lâche, parce que je suis égoïste et je ne pense qu’à moi. Parce que tous ceux qui ont essayé avant moi, tu les as engloutis, mâchés et crachés, éteints mais je l’espère pas en vain.

Tant pis pour toi. Je m’en vais. Tu es suicidaire. Crève seule.

Non, je ne peux pas. Je reste. Je me déteste. Je t’adore.

Je t’ai fait le serment que ce lien tiendrait jusqu’à la fin des temps.

Beyrouth, je t’aime.

Yasmina Farah Massoud

« Cette bohème là c’est mon tout, ma richesse, ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse, celle qui m’a bercé sur son giron vainqueur, et qui dans ses deux mains, a réchauffé mon cœur ». (Charles Baudelaire.)

S.O.S d'une bourgeoise en détresse

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Je suis bhimé

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