La meilleure philosophie, relativement au monde, est d'allier, à son égard, le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris.

 

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Je suis magicien.ne

Je suis magicien.ne

Scotland

Le 9 octobre 2019

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🎵M38- Outro
🎵Prélude - Vladimir Kurumilian
🎵Zeyn - Capharnaüm Soundtrack (Khaled Mouzanar)
🎵The Skye Boat Song - Bear McCreary
— La musique qui a donné le ton à cette histoire
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Hello there!

With Sam Heughan (Jamie Frasier in Outlander)

Tu es magicien.ne.

Il/Elle est magicien.ne.

Vous êtes magiciens.nes.

« Lorsque vous lui ouvrez la porte, la magie est partout ».

Il y a 5 ans des amis m’avaient offert la première saison de la série Outlander.

Les disques avaient gît, là, de longs mois. J’avais des préjugés. Des histoires de téléportation, se retrouver coincé dans ce qu’était le monde il y a 200 ans, ce n’était pas pour moi et autant le dire, c’était à peine si je gérais le monde présent. Puis un jour, une amie m’implora de regarder ne serait-ce que quelques épisodes pour admirer les paysages des Highlands en Écosse.

J’en tombai irréversiblement amoureuse.

Les étendues infinies de toutes les nuances de vert concevables, le mysticisme des châteaux d’antan, la violence de la nature dans son état primitif, la virilité des hommes en kilt, tant d’images qui se greffèrent sur mon imagination déjà fertile.

Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est l’histoire d’une femme qui part en Écosse en voyage de noces après la deuxième guerre mondiale. Elle est guérisseuse. À Inverness, elle se promène pour cueillir des herbes médicinales et se retrouve dans un lieu fictif du film du nom de Craigh Na Dun, face à un site mégalithique monumental concentrique composé de longues pierres érigées au milieu desquelles se dresse un monolithe. Il existe de ces monuments en Écosse comme celui des Callanish Stones édifiées vers la fin du Néolithique et ayant servi pour des rituels initiatiques durant  l’âge de Bronze. Toujours est-il que Claire, notre héroïne, touche le monolithe et, par magie, est téléportée dans les Highlands d’il y a 200 ans.

Je ne vous écris pas pour vous raconter l’histoire d’Outlander même si je pourrais m’attarder un instant sur l’amour passionnel et inconditionnel qui va l’unir à Jamie Fraser, un highlander roux, héroïque et inexplicablement beau.

C’est pour parler de magie que je compose ces quelques lignes.

D’épisode en épisode, je me posais, incrédule, la même question: c’est vraiment ça les Highlands ? Existent-ils en réalité les pays comme l’Écosse ?

Ce n’est pas tant le fantastique de la série qui me toucha mais la magie indéniable des paysages (sur)réels. 

Il fallait donc que j’aille voir de mes propres yeux, que je vérifie, que je touche, que je sente ou du moins, que je m’assure que ce lieu enchanteur n’existe que dans les films, avec, au fond de moi, la foi que le monde est sa propre magie.

Cinq ans plus tard, l’occasion se présente enfin. Mon mari est élu Keeper of the Quaich et il nous faut voyager dans les Highlands afin d’assister à la cérémonie de son intronisation dans la société – une sorte d’ordre exclusif et international lequel réunit, sur base de mérite et d’excellence, les individus et/ou compagnies reconnus pour avoir montré un engagement exceptionnel au service du scotch whisky dans le monde-.

De quoi être fier !

Après la visite rapide d’Edimbourg, nous prîmes le train en direction d’Inverness et, de là, nous nous dirigeâmes en voiture vers des distilleries dans les Highlands. Ce sont de longs trajets de deux heures au moins qui séparent une distillerie de l'autre.

Et là…

Ce ne fut pas comme dans les films, ce fut de loin plus beau et plus vrai.

Notre terre est par endroits si captivante, si émouvante, si irrésistible.

Un tapis aux mille tons de vert jurant avec le gris mélancolique du ciel se déroula pour nous, jonché de brochs[1] en ruine d’un noir gothique qui déchiquetaient impertinemment la toile d’une nature presque intouchée, parsemé d’innombrables points blancs –des moutons-, traversé de rivières et de lochs[2] dont allaient surgir à tout moment des tritons en kilt.

Et puis ce silence révérencieux qui impose le respect.

Et ce vide magnétique, ces kilomètres de rien, mais qui sont tout, qui vous marquent à jamais.

Et ces forêts enchanteresses qui jettent des sorts dans la bise glaciale qui fouette les arbres.

Et le ciel si bas, si oppressant, qu’on passerait volontiers la tête à travers les nuages pour retrouver le soleil.

Et ces créatures éthérées qu’on hallucine, qui dansent puis disparaissent au son de cornemuses dont les notes voyagent encore dans le temps depuis qu’on les avait jouées au XVIIIe siècle.

 Hors du temps.

Hors de l’espace.

Hors du monde.

À chaque pan de paysage, à chaque fresque, à chaque tournant, derrière chaque pierre, je sentais que les personnages de la série allaient surgir.

Je ne sais dans quel ordre le charme opéra : était-ce le film qui m’avait tant affectée ou ne faisait-il que traduire une féerie qui existe depuis des millénaires?

Ou bien est-ce moi qui crois en la magie du moment présent ?

 Mais à force d’y croire, de cultiver l’enfant en moi, de rêver trop fort, les étoiles s’alignèrent.

L’univers,  ses astres, les fées, les lutins, les mégalithes, les druides et les seers[3] succombèrent à ma crédulité et, dans un concert de sortilèges, au beau milieu de nulle part, dans l’enceinte d’un château isolé du 13ème siècle, le Blair Castle, aux confins des Highlands, dans le grand hall décoré de mille crânes de cerfs royaux à douze cors, durant la cérémonie d’intronisation –un moment si arbitraire de ma vie-, je le vis!

D’abord son grain de beauté. Ensuite ses cheveux roux. Puis son port altier en kilt du clan Mackenzie ou Murray, je ne sais plus. Enfin, ses yeux bleus.

Les étoiles s’étaient alignées, oui… pour me faire cadeau du seul dénouement digne de couronner ce voyage initiatique de l’ordre du merveilleux.

Il était là.

Jamie Fraser. Enfin Sam Heughan, de son vrai nom.

Le highlander roux héroïque de la série Outlander.

Hyperventilation.

Palpitations.

À cet instant, j’ai 15 ans et je m’en balance !

Je n’avais pas nourri mon enfant intérieur à coups de fables et de contes toute ma vie pour finir par accorder à l’adulte formaté en moi le dernier mot.

Je demandai aux trois verres de whisky que j’avais avalés cul sec le courage de l’approcher mais ma dignité craignait le rejet.

Mon mari nouvellement décoré, complice ultime de mes enfantillages, dans son kilt du clan Stewart Black, m’éjecta de ma chaise.

« Qui ne risque rien n’a rien » me dit-il.

Dissimulée derrière ma voilette à petits pois noirs, je l’importunai et c’est avec une courtoisie princière qu’il se prêta au jeu de la photo.

Je manquai de vaciller.

Je tentai de contenir mon sourire débile.

Je cherchai un monolithe à toucher pour m’enlever à mon embrassement, me ramener à ma réalité.

 Certains diraient qu’il s’agissait-là d’un concours de circonstances, d’un hasard, d’une coïncidence.

D’autres, les cartésiens, qu’il n y avait pas d’inconnue à cette équation.

Pour ma part, je  pense que « la vie attire ton attention à un endroit dans le but de faire une diversion pour ensuite créer la magie là où tu t’attends le moins ».

La vie de chacun de nous peut se résumer à une suite d’évènements avec ou sans importance, distincts les uns des autres et nous, si nous le choisissons, pouvons être réduits à de simples spectateurs, à des malgré-soi, d’un film décousu et trop vrai.

La vie pourrait, cependant, prendre une toute autre dimension si l’on entreprenais de connecter les évènements les uns aux autres et en se retournant vers ce qui est passé, remarquer que notre existence est un enchaînement de petits points qui aurait un sens  profond, du commencement jusqu’au moment présent.

Et si nous faisions confiance à l’intuition, si nous rentrions en notre intérieur afin d’entendre la petite voix, sans toujours tout voir pour y croire, nous décélérions sur cette longue chaîne de points souvent emmêlés qu’est le firmament d’une vie, des segments de lignes droites qui dégagent de la lumière: ce sont des bouts d’existence parfaits qui eurent lieu lorsque les étoiles s’alignèrent et que tout concorda, comme par magie.

Sur l’échelle du temps, ces lignes droites ont pu durer une seconde ou une semaine mais elle sont des bouts d’éternité.

Le lapin blanc dans Alice in Wonderland de Lewis Carroll répond :

« Sometimes forever is just one second »

lorsqu’Alice lui demande :

« How long is forever ? ».

Une seconde de féerie peut arrêter le temps si nous croyons en la magie.

Qu’elle est là et qu’elle est partout et qu’être heureux, c’est décider de lui ouvrir la porte, de l’admettre, de la pressentir quand elle se présente et ensuite, d’en créer davantage.

Dans le grand hall de Blair Castle, à force d’y croire et d’en vibrer, la magie devint réalité.

Le temps d’une seconde.

Par ce texte, par ces mots, je suis magicienne.  En vous contant cette histoire, en soufflant vers vous des poussières de fée, je me transforme en faiseuse de beau temps.

La réalité -la mienne, la vôtre- n’est supportable que s’il reste un peu de magie, de surréalisme et, en écrivant ces quelques lignes –car c’est surtout dans l’écriture qu’est la magie- je me bats pour cela.


[1] Construction en pierre sèche en forme de tour conique et creuse, de la fin de l’âge de fer britannique que l’on trouve en grand nombre dans les Highlands de l’Écosse. Son nom vient du Scots burgh.

[2] Étendue d’eau désignant un lac ou un bras de mer semblable à un fjord, un estuaire ou une baie. Le mot loch ne se rencontre que dans les îles Britanniques et plus particulièrement dans les régions de culture celte comme L’Écosse et l’Irlande.

[3] Personne supposément capable, à travers des pouvoirs surnaturels, de lire ce que le future réserve.



Naissance

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Khalas Pap !

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